L’ÉGLISE EST COMPOSÉE DE SAINTS ET DE PÉCHEURS
La Bible nous enseigne à laisser le blé pousser avec l’ivraie (chiendent) dans l’Église, au lieu d’arracher immédiatement tous ceux qui pèchent (Mt 13, 24-30)
Les Écritures contredisent abondamment la notion puritaine selon laquelle les pêcheurs ne devraient pas être considérés comme faisant part de l’Église du Christ. Lorsque Jésus parle du « royaume de cieux », il dit que ce dernier inclut aussi bien les pécheurs que les justes, et ceci jusqu’au Dernier Jour. Il compare le royaume des cieux à un banquet nuptial, au cours duquel sont réunis « les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives» (Mt 22,10; voir 22, 1–14 ).
Ailleurs, Jésus emploie une comparaison empruntée à la pêche :
Matthew 13:47–49 : « Le Royaume des Cieux est encore semblable à un filet qu’on jette en mer et qui ramène toutes sortes de choses. Quand il est plein, les pêcheurs le tirent sur le rivage, puis ils s’asseyent, recueillent dans des paniers ce qu’il y a de bon, et rejettent ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges se présenteront et sépareront les méchants d’entre les justes.»
Les justes et les pécheurs ne sont séparés qu’à la fin du monde.
St Paul appelle l’assemblée de Corinthe par exemple « église de Dieu » (1 Co 1,2; 2 Co 1,1; cf. 2 Co 11,2 ), tout en la réprimant sévèrement pour son immoralité qui dépassait celle des païens (1 Co 5,1). Il dit aux chrétiens de Corinthe qu’ils sont « encore dans la chair » à cause de «la jalousie et de la dispute » (1 Cor.3:3) et les répriment pour leur tendance à recevoir « un autre évangile », même « un autre Jésus » de celui qu’ils avaient accepté (2 Co 11,4 ). Cependant, malgré leur état de péché et de division, ils font partie de l’Église du Christ.
Nous retrouvons la même dynamique avec les sept églises de l’Apocalypse, qui sont appelées « églises » tout au long des chapitres deux et trois, bien qu’étant qualifiées de malheureuses, pitoyables, pauvres, aveugles et nues (cf. Ap 3,17) et réprimées vertement pour leurs innombrables péchés, incluant l’idolâtrie et l’immoralité.
Les Galates (faisant parties des « églises » Ga 1, 2) ne font pas mieux: «O Galates sans intelligence, qui vous a ensorcelés ?… Êtes-vous à ce point dépourvus d’intelligence, que de commencer par l’esprit pour finir maintenant dans la chair ? » (Ga 3,1.3 ). « Mais maintenant que vous avez connu Dieu ou plutôt qu’il vous a connus, comment retourner encore à ces éléments sans force ni valeur, auxquels à nouveau, comme jadis, vous voulez vous asservir ?» (Ga 4,9)
Bien sûr le but de l’enseignement chrétien est la justice et la sainteté. Cependant cela ne signifie pas que tous les chrétiens vont atteindre ce but. Nous sommes justifiés par le Christ, mais cela ne signifie pas que nous cessons immédiatement de pécher. Les protestants comprennent cette distinction théologique (en fait contrairement à l’enseignement catholique, leur théologie sépare formellement la justification et la sanctification).
Jésus savait que les croyants étaient toujours des pécheurs, comme le montre la parabole du blé et de l’ivraie évoquée plus haut. Mais ce passage scripturaire va encore plus loin. En effet le fiat que l’ivraie est brûlée (Mt 13,40–42 indique clairement qu’il s’agit de l’enfer) indique que dans l’Église il n’y a pas seulement des pécheurs sauvés insuffisamment sanctifiés, mais aussi des personnes qui seront finalement damnés.
Il est vrai que la sainteté est la marque des chrétiens et donc de l’Église du Christ. La Première Lettre de St Jean exprime cela de très belle façon. Cependant, dans la même lettre, Jean déclare : «Si nous disons : « Nous n’avons pas de péché », nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous » et considère comme allant de soit que «nous confessons nos péchés » (1 Jn 1,8-10). Ce thème est repris à nouveau dans ce passage:
1 Jn 2, 1–2: « Petits enfants, je vous écris ceci pour que vous ne péchiez pas. Mais si quelqu’un vient à pécher, nous avons comme avocat auprès du Père Jésus Christ, le Juste.; C’est lui qui est victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier »
Jean évoque ici la présence du péché parmi les croyants comme d’une éventualité réelle et en donne le remède. Jacques 5,16 de même exhorte les chrétiens à “confesser vos péchés les uns aux autres,” et st Paul lui-même se décrit comme “le plus grand des pécheurs” (1 Tim 1, 15, notez au passage que Paul utilise le présent et non pas le passé). La notion d’une Église complètement « sainte » sur la terre est ainsi clairement réfutée par la Bible.
