Cathobiblique

juillet 26, 2008

Les indulgences

Classé dans : Indulgences — cathobiblique @ 7:19

Les indulgences

 

Pour mieux saisir la nature et la beauté des indulgences, il nous faut nous pencher un moment sur le mal qu’elles viennent soigner : le péché.

Le péché

Le péché est le plus grand drame de la vie, puisqu’il est séparation de la source de toute vie, bonté et joie, Dieu lui-même. Pêcher, c’est dire « non » à Dieu, à Sa volonté, à Sa loi et à Son amour. C’est rompre l’alliance d’amour qui nous unit à Dieu. C’est de fait comparable à l’infidélité conjugale, comme le montre les Ecritures à de nombreux endroits (par ex. Os 2, 4-15).

Il y a deux types de péchés : le péché actuel et le péché originel. Le péché actuel est quelque chose que nous faisons, le péché originel est quelque chose que nous avons (tel une maladie). Le péché actuel c’est donc tous les péchés que nous commettons, en particulier les actes, les choix que nous faisons et qui sont en opposition avec la volonté de Dieu telle qu’elle est révélée dans la loi de Dieu, la loi morale écrite à la fois dans les Dix commandements et dans nos consciences.

Le péché étant réel, le pardon doit l’être tout autant. Or « sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission des péchés » (Hb 9, 22). Or « qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? » (Mc 2, 7). C’est pour cela que le Verbe de Dieu s’est fait homme (cf Jn 1, 14) et est mort sur une croix « pour abolir le péché par son sacrifice » (Hb 9, 26). Donc le pardon des péchés nécessite la croix, ce qui donne la mesure de la gravité du péché, quel qu’il soit.

La peine temporelle dans la Bible

Or si nous regardons dans les Ecritures, il apparaît qu’après la confession des péchés et le pardon reçu de Dieu, il demeure la nécessité de la réparation, qui est aussi appelée satisfaction. La sainteté et la justice de Dieu exige cette réparation en raison de l’offense commise et aussi pour la transformation du pécheur. Un des passages célèbre de l’Ecriture illustre cela. Après le péché d’adultère commis par le Roi David avec Bethsabée, la femme d’Urie, le prophète Nathan vient et confronte David. « David dit à Nathan : ‘J’ai péché contre le Seigneur’. Alors Nathan dit à David : ‘De son côté, le Seigneur pardonne ta faute, tu ne mourras pas. Seulement, parce que tu as outragé le Seigneur en cette affaire, l’enfant qui t’est né mourra’ » (2 S 12, 13-14).

D’autres exemples bibliques inclus l’exclusion du Paradis d’Adam et Eve (Gn 3, 23-24), les 40 ans d’errance dans le désert des Hébreux désobéissants (livre de l’Exode), l’interdiction faite à Moïse d’entrer dans la Terre Promise (Dt 32, 51-52) et la maladie et la mort comme conséquence d’une communion indigne (1 Co 1, 31).

Jésus donne à ses disciples (et par extension aux prêtres) le pouvoir non seulement de « délier » les péchés (pardonner au nom de Dieu) mais aussi de « lier » (imposer des pénitences) : Mt 16, 19 ; 18, 18 ; Jn 20, 23.

La Bible donne d’autres passages qui évoquent ce principe de pénitence : Ex 32, 30-32 ; Nb 14, 19-23 ; 16, 43-48 ; 25, 6-13 ; Rm 8, 13.17 ; 1 Co 11, 27-32 ; 12, 24-26 ; 2 Co 4, 10 ; Phil 3, 10 ; Col 1, 24 ; 2 Tim 4, 6 ; Heb 12, 6-8 ; 1 P 4, 1.13.

Tout péché a une double conséquence qui doit être réparé.

  • Le péché grave ou mortel nous prive de la communion avec Dieu et de ce fait nous rend incapables de la vie éternelle, dont la privation s’appelle la « peine éternelle » du péché. En effet l’Ecriture dit : « Le salaire du péché c’est la mort » (Rm 8, 26). C’est ce que Jean appelle la « seconde mort » (Ap 2, 11 ; 20, 14 ; 21, 8), à savoir la mort éternelle.
  •  D’autre part, tout péché, même véniel, entraîne un attachement malsain aux créatures, qui a besoin de purification, soit ici-bas, soit après la mort, dans l’état qu’on appelle Purgatoire. Cette purification libère de ce qu’on appelle la « peine temporelle » du péché. Ces deux conséquences découlent de la nature même du péché. Une conversion qui procède d’une fervente charité, peut arriver à la totale purification du pécheur, de sorte qu’aucune peine ne subsisterait.

En recevant le pardon des péchés et en étant restaurés dans la communion avec Dieu, les peines éternelles du péché sont remises. Mais des peines temporelles demeurent. Il s’agit alors, par les œuvres de miséricorde et de charité, ainsi que par la prière et la pénitence, de se dépouiller complètement du « vieil homme » et à revêtir « l’homme nouveau » (Eph 4, 24). Tout cela bien sûr s’opère par la grâce de l’Esprit Saint qui fait que l’homme se tourne vers Dieu et se détourne de son péché, accueillant le pardon et la justice de Dieu.

Et lorsque cette œuvre de purification n’est pas complète au moment de la mort, il est nécessaire qu’elle s’achève après, car sans la sanctification « personne ne verra le Seigneur » (Heb 12,14) et parce que rien d’impur ne pourra entrer au ciel (cf. Ap 21, 27). Cette étape est temporaire, puisqu’à la fin du processus, l’âme entre dans la vision béatifique, dans le face à face avec Dieu, c’est-à-dire le ciel. (Voir “La doctrine du purgatoire est-elle scripturaire?“)

L’Eglise a le pouvoir de remettre les péchés

Or Jésus a donné à l’Eglise catholique le pouvoir de pardonner les péchés : « ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leurs seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leurs seront retenus » (Jn 20, 23) ainsi que le pouvoir de lier et de délier : « tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié » (Mt 18, 18). De plus, Jésus a fait de l’Eglise l’intendante des mérites qu’il a gagné pour nous au travers de sa vie, de sa mort et de sa résurrection. A ce trésor spirituel infini, Dieu ajoute les mérites que les saints ont obtenus en coopérant avec Sa grâce. L’Eglise comme une bonne mère, utilise ce trésor spirituel pour aider ses enfants en effaçant la peine due aux péchés tout en les encourageant à grandir en sainteté.

Si l’Eglise est capable de pardonner les péchés, pourquoi ce pouvoir serait-il limité au pardon de la faute ? Pourquoi n’inclurait-il pas le pouvoir de pardonner la peine temporelle qui est l’autre conséquence immédiate du péché ?

L’Eglise offre donc aux croyants cette très belle grâce de l’indulgence ainsi définie : « L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées, par l’action de l’Église, laquelle, en tant que dispensatrice de la rédemption, distribue et applique par son autorité le trésor des satisfactions du Christ et des saints » Catéchisme de l’Eglise Catholique #1471 

Expier les péchés dans la Bible

La Bible mentionne plusieurs façon de réparer les péchés : la prière, les bonnes œuvres, les aumônes et le jeûne :

Proverbes 16, 6 : « Par la piété et la fidélité on expie la faute, par la crainte du Seigneur on s’écarte du mal »

Daniel 4, 24 : « C’est pourquoi, ô roi, agrée mon conseil : romps tes péchés par les œuvres de justice, et tes iniquités en faisant miséricorde aux pauvres, afin d’avoir longue sécurité »

Tobie 12, 8-9 : « Mieux vaut la prière avec le jeûne, et l’aumône avec la justice, que la richesse avec l’iniquité. L’aumône sauve de la mort et elle purifie de tout péché. Ceux qui font l’aumône sont rassasiés de jours »

Matthieu 6, 1-18 : « Quand tu fais l’aumône…quand tu pries…quand tu jeûne…(fais le) dans le secret, et ton Père, qui voit dans le secret te le rendra »

Actes 10, 4 : « Tes prières et tes aumônes sont montées devant Dieu et il s’est souvenu de toi »

Ainsi l’Eglise invite, pour l’obtention d’une indulgence :

  • 1) à la prière
  • 2) aux actes de charité (à savoir les sept actes de charité corporels: nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, vêtir ceux qui sont nus, abriter les sans logis, visiter les malades, visiter les prisonniers et enterrer les morts; ainsi que les sept actes de charité spirituels: conseiller ceux qui doutent, instruire les ignorants, réprimander les pêcheurs, conforter les affligés, pardonner les offenses, supporter les injustices avec patience et prier pour les vivants et les morts)
  • 3) au jeûne sous toutes ses formes.

Pour plus amples détails sur la pratique des indulgences, voir ici et ici.

février 4, 2008

Prier pour les morts, est-ce scripturaire ?

Classé dans : Objections courantes, Purgatoire — cathobiblique @ 7:48

 Prier pour les morts, est-ce scripturaire ?

L’Ecriture nous indique que les morts sont bien vivants :

Mt 17, 1-3 : « Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les emmène, à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. »

Mc 12, 26-27 : « Quant au fait que les morts ressuscitent, n’avez-vous pas lu dans le Livre de Moïse, au passage du Buisson, comment Dieu lui a dit : Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ? Il n’est pas un Dieu de morts, mais de vivants. Vous êtes grandement dans l’erreur ! »

Lc 15, 7 : « C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. »

Lc 16, 19-20.22-24 : «  Il y avait un homme riche qui se revêtait de pourpre et de lin fin et faisait chaque jour brillante chère. Et un pauvre, nommé Lazare, gisait près de son portail, tout couvert d’ulcères. Or il advint que le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut, et on l’ensevelit. « Dans l’Hadès, en proie à des tortures, il lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein. Alors il s’écria : «Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. » 

Nous avons vu ailleurs les conséquences du péché et la nécessaire purification pour en être délivré. En 2 Co 7, 1, Paul nous dit: “purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, achevant de nous sanctifier dans la crainte de Dieu. ». L’auteur de la lettre aux Hébreux nous exhorte à considérer nos épreuves comme venant du Père céleste « c’est pour notre bien, afin de nous faire participer à sa sainteté. » (Heb 12, 10).

De la communion des saints, découle le fait que nous pouvons prier pour nos frères en Christ, y compris ceux qui se trouvent dans le stade de purification du Purgatoire.

Cette pratique est exposée clairement dans les Ecritures.

  • 2 Tim 1, 16-18 : « Que le Seigneur fasse miséricorde à la famille d’Onésiphore, car souvent il m’a réconforté, et il n’a pas rougi de mes chaînes ; au contraire, à son arrivée à Rome, il m’a recherché activement et m’a découvert. Que le Seigneur lui donne d’obtenir miséricorde auprès du Seigneur en ce Jour-là. Quant aux services qu’il m’a rendus, à Éphèse, tu les connais mieux que personne. »

Le fait que Paul prie pour son ami défunt entraîne deux conséquences :

1) Prier pour les morts est une bonne chose.

2) Notre prière leur apporte un bienfait.

Ainsi, Onésiphore est dans un stade où il peut bénéficier des prières à son égard (ce qui n’est pas possible en enfer et inutile au ciel) : il est donc au Purgatoire.

  • 1 Co 15, 29S’il en était autrement, que gagneraient ceux qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi donc se fait-on baptiser pour eux ?»

Ici Paul ne fait pas allusion au baptême d’eau, mais à une sorte de baptême symbolique :

Mc 10, 38 : « Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire et être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? »

Dans ce contexte, Jésus ne parle pas du baptême d’eau mais du baptême symbolique du martyre, de la souffrance, de la persécution, etc. C’est, selon les Ecritures, un auter genre de baptême que nous pouvons recevoir.

Ainsi la phrase de Paul s’éclaire. Il dit : « s’il n’y a pas de résurrection, pourquoi subir la souffrance, la mortification personnelle, etc., pour les morts ? ». Les versets suivants confirment cette interprétation :

1 Co 15, 30-32 : « Et nous-mêmes, pourquoi à toute heure nous exposer au péril ? Chaque jour je suis à la mort, aussi vrai, frères, que vous êtes pour moi un titre de gloire dans le Christ Jésus, notre Seigneur. Si c’est dans des vues humaines que j’ai livré combat contre les bêtes à Éphèse, que m’en revient-il ? Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons. » (Référence à Is 22, 12-13 où Dieu appelle le peuple à la pénitence et ce dernier répond par toutes sortes de réjouissance en disant les mêmes mots : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons »)

Donc Paul fait allusion à la pénitence en faveur des morts. La raison de cette pratique, c’est la résurrection des morts. C’est une référence directe à un autre passage de l’Ecriture, 2 M 12, 43-44 (voir ici)

Ainsi prier pour les morts et offrir toutes formes de pénitence pour eux est une pratique scripturaire et apostolique.

La plupart des liturgies des premiers siècles incluent des prières pour les morts. Sur les tombes chrétiennes du premier,deuxième et du troisième siècle qui se situent à Rome, il n’est pas rare de trouver des prières adressés en faveur des disparus (ainsi qu’un grand nombre de prières réclamant l’intercession des saints, en particulier de St Pierre et de St Paul) gravées dans la pierre.

Tertullien, en 211 ap JC, évoque cette pratique de prier et d’offrit des sacrifices pour les morts, comme une coutume bien établie : « Nous faisons annuellement des oblations pour les trépassés et pour les nativités des martyrs» (De la  couronne du soldat, III). D’autres auteurs chrétiens, entre autres St Cyprien, St Ambroise et St Augustin, y font allusion.

En bref, si les Juifs, St Paul et les premiers chrétiens priaient pour les morts, cela implique qu’ils croyaient en l’existence d’un stade intermédiaire de purification, que la Tradition appelle Purgatoire. Prier pour les morts est donc une pratique sainte et bonne, pratiquée depuis la fondation de l’Eglise et même auparavant, par nos frères juifs.

janvier 27, 2008

Pourquoi le Purgatoire ?

Classé dans : Purgatoire — cathobiblique @ 7:00

 Pourquoi le Purgatoire ?

L’existence d’un stade du purification après la mort, pour les âmes des justes n’étant pas totalement purifiés, est clairement établi par les Ecritures (Voir « Le Purgatoire est-il scripturaire ? »).

Pour comprendre à présent la nécessité du Purgatoire, il faut d’abord considérer ce qu’est le péché et quelles sont ses conséquences.

Le péché

Le péché est le plus grand drame de la vie, puisqu’il est séparation de la source de toute vie, bonté et joie, Dieu lui-même. Pêcher, c’est dire « non » à Dieu, à Sa volonté, à Sa loi et à Son amour. C’est rompre l’alliance d’amour qui nous unit à Dieu. C’est de fait comparable à l’infidélité conjugale, comme le montre les Ecritures à de nombreux endroits (par ex. Os 2, 4-15).

Il y a deux types de péchés : le péché actuel et le péché originel. Le péché actuel est quelque chose que nous faisons, le péché originel est quelque chose que nous avons (tel une maladie). Le péché actuel c’est donc tous les péchés que nous commettons, en particulier les actes, les choix que nous faisons et qui sont en opposition avec la volonté de Dieu telle qu’elle est révélée dans la loi de Dieu, la loi morale écrite à la fois dans les Dix commandements et dans nos consciences.

Le péché étant réel, le pardon doit l’être tout autant. Or « sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission des péchés » (Hb 9, 22). Or « qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? » (Mc 2, 7). C’est pour cela que le Verbe de Dieu s’est fait homme (cf Jn 1, 14) et est mort sur une croix « pour abolir le péché par son sacrifice » (Hb 9, 26). Donc le pardon des péchés nécessite la croix, ce qui donne la mesure de la gravité du péché, quel qu’il soit.

Péché véniel et péché mortel

Si tout péché est un mal et une offense faite à Dieu, il y a cependant deux niveaux de gravité dans le péché, selon Jésus. En Lc 12, 47-48, il enseigne : « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups. Quand à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre ». Quelle est cette distinction ? St Jean parle (en 1 Jn 5, 16) d’un « péché qui ne mène pas à la mort »  – ce qu’on appelle un péché « véniel » -  et d’un « péché qui mène à la mort » – un péché « mortel ».

Le péché véniel endommage la relation que nous avons avec Dieu, le péché mortel la détruit. Le péché véniel est comme une dispute entre deux époux, le péché mortel est comme un divorce. Ainsi mourir dans un état de péché mortel, c’est perdre le paradis pour toujours, puisqu’il n’y a pas de repentance et de conversion après la mort. La mort de Jésus sur la croix est la satisfaction parfaite de l’offense faite à Dieu par le péché mortel. De plus tous ceux qui reçoivent ses mérites et sa satisfaction sont réconciliés, le péché leur est remis ainsi que la peine éternelle due au péché mortel. Or, même lorsque le péché mortel est remis, il reste souvent une peine temporelle à subir en cette vie ou, si cette peine n’est pas satisfaite à la mort, au purgatoire.

La peine temporelle dans la Bible

Or si nous regardons dans les Ecritures, il apparaît qu’après la confession des péchés et le pardon reçu de Dieu, il demeure la nécessité de la réparation, qui est aussi appelée satisfaction. La sainteté et la justice de Dieu exige cette réparation en raison de l’offense commise et aussi pour la transformation du pécheur. Un des passages célèbre de l’Ecriture illustre cela. Après le péché d’adultère commis par le Roi David avec Bethsabée, la femme d’Urie, le prophète Nathan vient et confronte David. « David dit à Nathan : ‘J’ai péché contre le Seigneur’. Alors Nathan dit à David : ‘De son côté, le Seigneur pardonne ta faute, tu ne mourras pas. Seulement, parce que tu as outragé le Seigneur en cette affaire, l’enfant qui t’est né mourra’ » (2 S 12, 13-14).

D’autres exemples bibliques inclus l’exclusion du Paradis d’Adam et Eve (Gn 3, 23-24), les 40 ans d’errance dans le désert des Hébreux désobéissants (livre de l’Exode), l’interdiction faite à Moïse d’entrer dans la Terre Promise (Dt 32, 51-52) et la maladie et la mort comme conséquence d’une communion indigne (1 Co 1, 31).

Jésus donne à ses disciples (et par extension aux prêtres) le pouvoir non seulement de « délier » les péchés (pardonner au nom de Dieu) mais aussi de « lier » (imposer des pénitences) : Mt 16, 19 ; 18, 18 ; Jn 20, 23.

La Bible donne d’autres passages qui évoquent ce principe de pénitence : Ex 32, 30-32 ; Nb 14, 19-23 ; 16, 43-48 ; 25, 6-13 ; Rm 8, 13.17 ; 1 Co 11, 27-32 ; 12, 24-26 ; 2 Co 4, 10 ; Phil 3, 10 ; Col 1, 24 ; 2 Tim 4, 6 ; Heb 12, 6-8 ; 1 P 4, 1.13.

Pourquoi le purgatoire ?

Tout péché a une double conséquence qui doit être réparé.

  • Le péché grave ou mortel nous prive de la communion avec Dieu et de ce fait nous rend incapables de la vie éternelle, dont la privation s’appelle la « peine éternelle » du péché. En effet l’Ecriture dit : « Le salaire du péché c’est la mort » (Rm 8, 26). C’est ce que Jean appelle la « seconde mort » (Ap 2, 11 ; 20, 14 ; 21, 8), à savoir la mort éternelle.
  •  D’autre part, tout péché, même véniel, entraîne un attachement malsain aux créatures, qui a besoin de purification, soit ici-bas, soit après la mort, dans l’état qu’on appelle Purgatoire. Cette purification libère de ce qu’on appelle la « peine temporelle » du péché. Ces deux conséquences découlent de la nature même du péché. Une conversion qui procède d’une fervente charité, peut arriver à la totale purification du pécheur, de sorte qu’aucune peine ne subsisterait.

En recevant le pardon des péchés et en étant restaurés dans la communion avec Dieu, les peines éternelles du péché sont remises. Mais des peines temporelles demeurent. Il s’agit alors, par les œuvres de miséricorde et de charité, ainsi que par la prière et la pénitence, de se dépouiller complètement du « vieil homme » et à revêtir « l’homme nouveau » (Eph 4, 24). Tout cela bien sûr s’opère par la grâce de l’Esprit Saint qui fait que l’homme se tourne vers Dieu et se détourne de son péché, accueillant le pardon et la justice de Dieu.

Et lorsque cette œuvre de purification n’est pas complète au moment de la mort, il est nécessaire qu’elle s’achève après, car sans la sanctification « personne ne verra le Seigneur » (Heb 12,14) et parce que rien d’impur ne pourra entrer au ciel (cf. Ap 21, 27). Cette étape est temporaire, puisqu’à la fin du processus, l’âme entre dans la vision béatifique, dans le face à face avec Dieu, c’est-à-dire le ciel.

En résumé, on peut dire:

  1. Seuls les âmes imparfaites et en état de grâce entrent au Purgatoire. Ce n’est pas une “seconde chance pour ceux qui meurent en état de péché mortel sans repentir.
  2. Le Purgatoire existe pour la purification et la réparation. Les effets du péchés sont purgés. Les punitions dues au péché sont payées.
  3. Le Purgatoire est temporaire. Lorsque les saints imparfaits sont purifiés, ils entrent au ciel. Tous ceux qui sont au Purgatoire sont sauvés et vont entrer au ciel. Le Purgatoire cessera au retour du Christ. Seuls le ciel et l’enfer sont éternels.

janvier 26, 2008

La doctrine du Purgatoire est-elle scripturaire ?

Classé dans : Purgatoire — cathobiblique @ 4:43
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 La doctrine du Purgatoire est-elle scripturaire ?

Tout d’abord, il faut noter que le mot « purgatoire » ne se trouve pas dans les Ecritures. Les mots « Trinité » ou « Incarnation » n’y sont pas non plus, pourtant ces points de doctrine sont clairement enseignés dans la Bible. De la même façon, la Bible enseigne qu’il existe un stade de purification intermédiaire après la mort. Nous l’appelons « Purgatoire ». Cependant, ce qui est important, c’est la doctrine, pas le nom qu’on lui donne.

Nous allons dans cet article considérer les preuves scripturaires de la doctrine du purgatoire, laissant de côté l’explication de la raison de la purification, qui est traité dans “Pourquoi le Purgatoire?”.

  • Gn 50, 10 : « Étant parvenus jusqu’à Gorèn-ha-Atad, – c’est au-delà du Jourdain, – ils y firent une grande et solennelle lamentation, et Joseph célébra pour son père un deuil de sept jours. » (voir aussi Nb 20, 29 ; Dt 34, 8)

Voici quelques exemples de prière rituelle et de deuil pour les morts pendant une période spécifique. La pratique juive de ces prières était destinée à libérer les âmes de la douloureuse purification où elles se trouvent et accélérer leur accès à Dieu.

  • Mt 12, 32 : « Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l’autre. »

Jésus implique que certains péchés peuvent être pardonnés dans l’autre monde. L’expression “dans l’autre” (en grec “en to mellonti”) renvoie à la vie après la mort (voir par ex. Mc 10, 30 ; Lc 18, 30 ; 20, 34-35; Eph 1, 21). Les péchés ne peuvent pas être pardonnés en enfer. Il n’y a pas de péché à pardonner au paradis. Il y a donc un lieu où le pardon peut s’effectuer : le purgatoire.

  • Mt 5, 25-26 (Cf Mt 18, 34 ; Lc 12, 58-59) : « Hâte-toi de t’accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l’adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. En vérité, je te le dis : tu ne sortiras pas de là, que tu n’aies rendu jusqu’au dernier sou. »

L’adversaire c’est le démon (1 P 5, 8) qui est l’accusateur (Job 1, 6-12 ; Za 3, 1 ; Ap 12, 10) et Dieu est le juge. Si nous n’avons pas lutté correctement contre le démon et le péché, nous serons emprisonnés de façon temporaire, jusqu’à ce que notre dette avec Dieu soit effacée.

  • Lc 12, 47-48: « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups. Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre. A qui on aura donné beaucoup il sera beaucoup demandé, et à qui on aura confié beaucoup on réclamera davantage. »

Lorsque le maître, Jésus, reviendra à la fin des temps, certains recevront des coups, un grand nombre ou un petit, mais cependant vivront. Cet état n’est pas celui du ciel, où il n’y a pas de souffrance, ni celui de l’enfer, où les âmes ne vivent plus avec Jésus.

  • Lc 16, 19-31. Parabole du pauvre Lazare et de l’homme riche.

Dans cette histoire, nous voyons cet homme riche, mort et qui souffre, mais qui cependant ressent de la compassion pour ses frères et veut les prévenir, afin qu’ils ne subissent pas le même sort. Mais il n’y a pas de souffrance au ciel, ni compassion en enfer, car cette dernière est une grâce de Dieu et les âmes en enfer sont privées des grâces de Dieu pour toujours. Où est l’homme riche ? Au purgatoire

  • 1 Co 3, 15 : « Si l’œuvre d’un homme est consumée, il en subira la perte ; quant à lui, il sera sauvé, mais comme à travers le feu. »

Ce verset ne peut pas s’appliquer à la peine éternelle de l’enfer, car en ce lieu personne n’est sauvé. Il ne peut pas non plus s’appliquer au paradis, car personne n’y souffre. Il s’agit donc d’un stade intermédiaire où l’âme souffre temporairement afin d’accéder au ciel. C’est la définition même du purgatoire.

  • 1 Co 15, 29 : « S’il en était autrement, que gagneraient ceux qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi donc se fait-on baptiser pour eux ? »

Paul fait référence à des personnes qui se ‘font baptiser pour les morts’ dans le contexte de l’expiation de leurs péchés. Ces morts ne peuvent pas être au paradis, car ils doivent encore expier leurs péchés, mais ils ne peuvent pas être en enfer, car en ce lieu aucun péché ne peut être expié. Ils sont au purgatoire. Ce verset correspond directement à 2 M 12, 44-45 qui parle aussi spécifiquement de prières pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés (voir plus bas).

  • Phil 2, 10: “pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et sous la terre, »

Sous la terre, c’est le lieu des justes morts, appelé aussi purgatoire.

  • 2 Tim 1, 16-18 : « Que le Seigneur fasse miséricorde à la famille d’Onésiphore, car souvent il m’a réconforté, et il n’a pas rougi de mes chaînes ; au contraire, à son arrivée à Rome, il m’a recherché activement et m’a découvert. Que le Seigneur lui donne d’obtenir miséricorde auprès du Seigneur en ce Jour-là. Quant aux services qu’il m’a rendus, à Éphèse, tu les connais mieux que personne. »

Onésiphore est mort et pourtant Paul demande miséricorde pour lui pour « ce Jour là ». C’est une référence eschatologique, concernant le dernier jour (voir par ex Rm 2, 5.16 ; 1 Co 1, 8 ; 3, 13 ; 5, 5 ; 2 Co 1, 14 ; Phil 1, 6. 10 ; 2, 16 ; 1 Thess 5, 2.4-5.8 ; 2 Thess 2, 2-3 ; 2 Tim 4, 8). Bien sûr, il n’y a pas besoin de miséricorde au ciel et nulle miséricorde n’est donnée en enfer. Où est Onésiphore ? Au purgatoire.

  • Heb 12, 14 : « Recherchez la paix avec tous, et la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur; »

Nous avons besoin d’être totalement sanctifié pour voir Dieu face à face. Ce processus se déroule durant notre vie et, s’il n’est pas achevé à notre mort, il est complété au purgatoire.

  • Heb 12, 22-23 : « Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, et de myriades d’anges, réunion de fête,et de l’assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, d’un Dieu Juge universel, et des esprits des justes qui ont été rendus parfaits, »

Les âmes des hommes justes qui meurent sont « rendus parfaites ». Ces hommes ne sont pas nécessairement morts totalement purifiés et ont donc été purifiés, après leur mort. Ceux qui sont au ciel sont déjà parfaits et les âmes en enfer ne peuvent être purifiées, donc le stade de purification est le purgatoire.

  • 1 P 3, 18-20 : « Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit. C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. »

1 P 4, 6 : « C’est pour cela, en effet, que même aux morts a été annoncée la Bonne Nouvelle, afin que, jugés selon les hommes dans la chair, ils puissent vivre selon Dieu dans l’esprit. »

Pierre parle d’une prison pour ceux qui ont désobéi, et qui cependant sont sauvés lorsque Jésus vient leur prêcher. Ce n’est pas l’enfer, parce que personne n’est sauvé en enfer. Ce n’est pas le « limbe des pères (appelé aussi le « sein d’Abraham » où les âmes des justes de l’Ancien Testament ont attendu jusqu’à ce que Jésus vienne ouvrir les portes du paradis) parce que c’est un endroit pour ceux qui ont désobéi. On ne peut imaginer Pierre évoquer qu’en un tel lieu des justes tels que David ou Jean Baptiste.

Pierre décrit un état temporaire pour des esprits désobéissants qui seront finalement sauvés. Il y a donc entre le ciel et l’enfer, un troisième endroit, le purgatoire..

  • La plus claire affirmation de l’existence du purgatoire vient du Second livre des Maccabées, qui a toujours fait partie du canon de l’Ancien Testament de l’Eglise (Voir « Le canon de l’Ancien Testament » ).

2 M 12, 43-45 : « puis le valeureux Judas exhorta la troupe à se garder pure de tout péché, ayant sous les yeux ce qui était arrivé à cause de la faute de ceux qui étaient tombés. Puis, ayant fait une collecte d’environ 2.000 drachmes, il l’envoya à Jérusalem afin qu’on offrît un sacrifice pour le péché, agissant fort bien et noblement d’après le concept de la résurrection. Car, s’il n’avait pas espéré que les soldats tombés dussent ressusciter, il était superflu et sot de prier pour les morts, et s’il envisageait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui s’endorment dans la piété, c’était là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché. »

Ce passage montre deux point importants :

  • 1) Il prouve que la distinction entre péché véniel et péché mortel. Bien que ces hommes avaient péché en portant des amulettes de dieux étrangers, ils «s’endormirent dans la piété». Ils ont péché; certes , mais sont mort cependant dans la piété. Donc leur péché ne menait pas à la mort (éternelle), était donc un péché véniel. Et le péché véniel, non mortel, est pardonnable après la mort.
  • 2) Il prouve aussi l’existence d’un état intermédiaire où les péchés véniels peuvent être pardonnés. Nous savons qu’il est impossible d’aider les âmes qui sont au paradis (elles n’ont pas de besoin), et il est de même impossible d’aiser les âmes en enfer (elles n’ont pas d’espérance). Prier pour les morts présuppose un stade intermédiaire pour les âmes où les péchés véniels peuvent être pardonnés et où l’expiation peut avoir lieu.

Même si quelqu’un rejette le canon de la Bible établi officiellement par l’Eglise catholique en 405, il n’y a aucun doute que 2 Maccabées décrit de façon correcte la pratique religieuse des juifs au deuxième siècle avant Jésus Christ. A cette époque les juifs priaient pour leurs morts (et ils le font encore aujourd’hui).

Certaines des plus anciennes liturgies chrétiennes incluent des prières pour les morts. Les tombes chrétiennes du deuxième et du troisième siècle sont ornées fréquemment de prière pour les morts. Cette pratique n’a de sens que si les premiers chrétiens croyaient au purgatoire, même si le mot n’était pas utilisé alors.

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