Pierre et la Papauté
1) Pierre est le Rocher sur lequel l’Eglise est bâtie
Mc 3, 16 ; Jn 1, 42 Jésus renomme Simon (qui signifie « grain de sable) « Kepha » en araméen qui signifie littéralement « pierre ». Or ce nom était inconnu à l’époque. En faisant cela, Jésus exprime un changement de statut pour Pierre au sein du groupe des disciples. En effet, quand Dieu change le nom de quelqu’un, il change son statut.
Gn 17, 5 ; 32, 28 ; 2 R 23, 34 ; Ac 9, 4 ; 13, 9 Dans ces différents passages, on voit Dieu changer le nom de quelqu’un et lui conférer alors une mission particulière. Abram, devient Abraham, Jacob Israël, Eliakim Jehoiakim, Saul Paul.
Note : la Bible utilise un même mot pour désigner des personnes différentes. Ainsi Dieu est aussi appelé « Rocher » en 2S 22, 2-3, 32, 47 ; 23, 3 ; Ps 18, 2.31.46 ; 19, 4 ; 28, 1 ; 42, 9 ; 62, 2.6.7 ; 89, 26 ; 94, 22 ; 144, 1-2. Or, Abraham est aussi appelé « pierre » en Is 51, 1-2. De la même façon, Jésus est appelé le seul fondement de l’Eglise en 1 Co 3, 11. Or en Eph 2, 20 et Ap 21, 14, les apôtres sont appelés aussi le fondement de l’Eglise. On trouve un autre exemple en 1P 2, 25 où Jésus est appelé le Berger du troupeau et en Ac 20, 28 où ce sont les apôtres qui sont appelés les bergers du troupeau. Jésus est appelé aussi le constructeur (Mt 16, 18), la pierre d’angle (Ac 4, 11) et le temple (Ap 21, 22). Les apôtres sont appelés à leur tour bâtisseurs (1 Co 3, 11), pierres (1 P 2, 4) et temples (Eph 2, 21). Il y a donc de multiples métaphores de l’Eglise dans l’Ecriture
Mt 16, 18 Jésus dit en araméen « Tu es Kepha et sur cette kepha je bâtirai mon Eglise ». Le grec rend : « Tu es Petros et sur cette petra je bâtirai mon Eglise », ce que nous traduisons en français : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ». Jésus choisit de prononcer ces paroles à Césarée de Philippe. A cet endroit Hérode avait bâti un temple pour César Auguste au sommet d’un immense rocher ; centre de culte païen et l’une des source du Jourdain. A la base de ce rocher, se trouvait un gouffre béant appelé par les païens « les portes de l’enfer ». Se tenant devant le « temple » bâti pour le « divin César », Jésus révèle le plan de Dieu de bâtir son nouveau « temple », l’Eglise, dédié au vrai Dieu et bâti sur le rocher solide qu’est Pierre.
Mt 16, 21 Ce n’est qu’après avoir établi Pierre à la tête de l’Eglise que Jésus parle pour la première fois de sa mort et de son départ. Ceci parce qu’il vient d’institué celui qui sera son intendant sur cette terre.
Mt 7, 24 Jésus, tel l’homme sage, bâti sa maison dur le roc (Pierre), et non sur le grain de sable (Simon) pour que la maison ne s’écroule pas.
Jn 21, 15-17 Jésus sélectionne Pierre pour être le chef des apôtres quand il lui dit par trois fois de prendre soin de ses brebis.
Lc 22, 31-32 Jésus prie pour que la foi de Pierre ne défaille pas et le charge d’être celui qui fortifie la foi des autres apôtres : « Simon, Satan vous (pluriel) a réclamés pour vous cribler comme le froment, mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères ».
Ac 1-5 ; 6 ; 15 Personne ne conteste l’autorité de Pierre sur l’Eglise, ce dernier énonçant des anathèmes et résolvant les débats doctrinaux.
2) Le pouvoir des clés
2 S 7, 16 ; Ps 89, 3-4 ; 1 Ch 17, 12.14 Dieu promet d’établir le royaume davidique pour toujours sur la terre. Or, depuis la captivité à Babylone en 586 av. JC,le trône davidique est vacant.
Lc 1, 32 L’archange Gabriel annonce à Marie que son fils recevra « le trône de David son père ».
Mt 1, 1 Matthieu établit clairement le lien entre David et Jésus. Jésus est le nouveau Roi de la Maison de David
Mt 16, 19 Jésus donne à Pierre les « clés du Royaume des Cieux ».
Se faisant il fait référence à Isaïe 22, 15-22 (seul endroit de la Bible où le lien est fait entre des clés et un royaume). Dans ce passage il est a fait allusion à la transmission d’une charge, celle de « maître du palais », symbolisée par « la clé de la maison de David ». Cet intendant royal, soumis au roi, était à la tête des ministres. Isaïe le désigne comme « un père pour l’habitant d’Israël et pour la maison de Juda » Is 22, 21.
Dans l’Ancien Testament, un intendant est un homme ayant autorité sur une maison (Gn 43, 19 ; 44,4 ; 1 R 4, 6 ; 16, 9 ; 18, 3 ; 2 R 10, 5 ; 15, 5 ; 18, 18 ; Is 22, 15).
Dans le Nouveau Testament, les deux mots souvent traduit par « intendant » sont oikomos (Lc 16, 2-3 ; 1 Co 4, 1-2 ; Tit 1, 7 ; 1 P 4, 10) et epitropos (Mt 20, 8 ; Ga 4, 2).
Dans la pensée sémitique, le pouvoir des clés est lié à l’autorité administrative et législative. Cette capacité d’ « ouvrir » et de « fermer » (Is 22, 2) est un pouvoir juridique que, dans le royaume de Juda, seul le roi pouvait outrepasser. Littéralement, cela fait référence à la prérogative du premier ministre, lui permettant d’autoriser ou de refuser l’entrée dans le palais et l’accès au roi.
A l’époque d’Isaïe, cela fait déjà 300 ans que cet office était en place dans le royaume davidique. Il se modèle probablement sur l’office du vizir égyptien qui était, après Pharaon, la plus haute autorité sur la pays. C’est d’ailleurs le poste qu’a occupé Joseph (Gn 41, 40-44 ; 45, 8)
Jésus, le nouveau roi davidique, délègue à son premier ministre Pierre, l’autorité sur son royaume. Il s’agit donc d’une délégation d’autorité. Pierre et ceux qui reçurent sa charge pendant 2000 ans sont les intendants d’un royaume terrestre dont le souverain réside au ciel.
3) Le pouvoir de lier et de délier
Mt 16, 19 Lier et délier (en hébreu asar ve-hittir) sont des termes techniques rabbiniques signifiant respectivement « autoriser » et « interdire » dans l’interprétation de la loi juive. Les Pharisiens ont toujours clamé avoir cette autorité (cf. Talmud Chadiga 3b ; Josèphe (37-101) « La guerre des juifs » 1:5:2 ).
Lorsque Jésus nomme Pierre et les apôtres pour être ses successeurs, il utilise cette formule juive familière (Mt 16, 19 et 18, 18). Par ces mots ils les investit de la même autorité exercée par les scribes et les Pharisiens qui « lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt », c’est-à-dire à les « délier » comme ils en avaient le pouvoir (cf. Mt 23, 2-4). En d’autres termes il leur donne l’autorité de décider la halakha (litt « le chemin à emprunter »), à savoir les règles de conduite pour les membres du royaume dont ils ont la charge. Jésus donne à Pierre l’autorité sur l’Eglise universelle en Mt 16, puis accorde le même pouvoir en Mt 18, 17-18 aux apôtres où il est lié à la discipline et l’excommunication dans les communautés locales.
La toile de fond est bien évidemment juive. De fait, les apôtres unis à Pierre remplacent « les prêtres lévitiques et les juges » (Dt 17, 8-12) comme autorité terrestre dans l’interprétation de la Loi Nouvelle apporté par Jésus.
4) L’Eglise est le royaume des cieux déjà commencé sur terre
Mt 13, 24-52 Jésus compare le royaume des cieux à un champ, à un grain de moutarde, au levain et à un filet, démontrant qu’il parle de l’Eglise universelle sur la terre, et non pas dans son stade éternel et glorieux. Par conséquent, les clés du Royaume des cieux renvoient à l’autorité sur l’Eglise sur terre.
Mc 4, 26-32 Ici encore le Royaume des Cieux est comme la semence qui grandit et se développe. Il s’agit donc de l’Eglise sur terre. Voir aussi Lc 13, 19-20
Lc 9, 27 Jésus dit que certains ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le « royaume de Dieu ». Ce royaume est le royaume terrestre du Christ, que Jésus établit par sa mort et sa résurrection.
Mt 12, 28 ; Mc 1, 15, Lc 11, 20 ; 17, 21 Ces versets affirment que le Royaume de Dieu est au milieu de nous.
1 Ch 28, 5 Salomon est assis sur le trône de la royauté du Seigneur. Ici aussi c’est une royauté terrestre. Voir 1 Ch 29, 23.
Lc 12, 41-42 Quand Pierre demande à Jésus si la parabole du maître et du royaume était pour les disciples ou pour tout le peuple, Jésus confirme rhéthoriquement à Pierre qu’il est la chef intendant sur la Maison du Maître (Dieu) : « qui donc, (Pierre) est l’intendant fidèle, avisé que le maître établira sur ses gens (…) Heureux ce serviteur que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte »
5) L’Eglise est le royaume davidique continué
Jr 33, 17 Jérémie prophétise que David ne manquera jamais d’un descendant qui prendra place sur le trône de la maison d’Israël.
Dn 2, 44 Daniel prophétise un royaume terrestre qui sera jamais détruit
Is 22, 19-20 Dans le royaume davidique, Elyaqim succède à Shebna comme intendant du royaume. Shebna est décrit comme recevant un « poste » et une « place ». Un poste, par définition, est une charge qui se transmet. Pour qu’un royaume puisse subsister il est nécessaire qu’une succession se mette en place. Comme dans le royaume davidique, le même principe s’applique dans la Nouvelle Alliance où Jésus le Roi d’Israël désigne un intendant, le revêtant d’une charge transmissible.
Is 22, 21 Elyaqim est appelé « père » du peuple de Dieu. Le mot « pape » vient du grec « papas » qui signifie « père ». C’est ainsi que le peuple de Dieu désigne celui qui a la charge de l’Eglise comme intendant du Royaume.
Is 22, 22 Les clés du royaume sont transférées de Shebna à Elyaqim. La transmission de la charge d’intendant du royaume de Dieu s’est faite de la même façon de Pierre à Lin ; son successeur, puis pendant 2000 ans jusqu’au pape actuel.
Ac 1, 20 Il en va de même pour la charge des apôtres. Tout comme l’Eglise remplace Judas, elle remplaça Pierre par un successeur après sa mort.